HIBOU DE BONNE HEURE

Ceci n'est pas un site sur les oiseaux diurnes qui se lèvent tòt

Terre en vue!!!

Flores, Açores

Dès mon arrivé, tu m'as demandé une photo. Mon émotion était telle, mon excitation faisait trembler mes mots et il t'était difficile de former une image à partir de la description que je t'en faisais. Les adjectifs qui te parvenaient étaient si abstraits qu’ils te semblaient prononcés dans un langage inconnu.

Comment eu-t-il put en être autrement ? Les Açores n’est pas un archipel où l’on débarque par hasard. Après 13 jours de mer, le bien connu « Terre en vue !!! » se fait attendre. Les instruments annoncent l’île de Flores à moins d’un mile nautique et pourtant toujours rien. La lourde brume nous maintient au large et l’attente retient le prochain battement de cœur.

Alors cette image la voilà. Le pied à peine posé sur la terre ferme, le bateau à peine amarré au ponton, me voilà courant à grandes enjambées sur la longue digue du port. Déboutonnant mon ciré durant ma course, les bottes encore aux pieds, je me précipite à la pointe de cette barrière de roches comme un amant en manque de sa moitié. Est-ce-cela l’effet du grand large ? Cette liberté me manquerait-elle déjà ? Je ne saurais te le dire que dans des termes qui te sembleront aussi bouchés que cet horizon.

Du bout de la digue, moi, j’y ai pourtant vu bien plus qu’un épais brouillard blanc. Dans cette mer grise, j’y ai vu bien d’avantage que de l’eau. J’y ai vu à travers ce qui n’apparait pas à ton œil. J’y ai vu l’horizon. J’y ai vu le levé du soleil. J’y ai vu des orages et j’y ai vu des dauphins. J’y ai vu là d’où je venais. J’y ai vu l’avenir. J’y ai vu des visages et j’y ai vu mon reflet.

J’ai photographié un paysage multicolore et tu n’y liras qu’un dégradé de gris. J’ai vécu une expérience qu’il m’est difficile d’exprimer par des mots. Certains pensent que cette expérience ne peut être partagée, mais je m’y refuse. Certains disent que ceux qui ne l’ont pas vécu ne peuvent pas comprendre, mais je n’y crois pas. Un jour un sage a dis que celui qui ne pouvait expliquer simplement son voyage ne l’avait pas compris lui-même.

Ce n’est pas parce que le voyage est fini que je l’ai terminé. J’aurais besoin de temps mais je me refuse à le garder pour moi. Si tu es patient, je t’en ferais partager des brèves. Si tu as le temps, je t’emmènerais avec moi.


Photo: carnetdebordetdebar.wordpress.com

Vigilance diurne

Large des Bahamas

Pleine nuit, quelque part dans l’océan atlantique. Seulement 30 minutes que le capitaine a pris son quart et déjà le troisième grain (orage isolé) qui surplombe l’embarcation. Dehors, ça souffle, ça tape, ça mouille. L’équipier, lui, est condamné à rester à l’intérieur. La mer est formée et dans cette machine à laver aux multiples hublots, il s’efforce d’essayer de dormir.

Les séries d’éclairs illuminent la cabine par vague. Le tonnerre couvre à peine les grincements du bateau. Au sommet des vagues, lancé à pleine vitesse, celui-ci semble être prêt à s’envoler, avant d’être rattrapé par la gravité qui vient fracasser l’étrave (partie avant du bateau) sur l’eau semblable alors à du béton. La coque tape, se tord et grince. Les embruns (eau levée par le passage du bateau) balayent le pont. Le bateau souffre et fait souffrir les hommes.

Dans ces circonstances, tout l’équipage souhaite être sur le pont pour soutenir la maison flottante dans cette épreuve et affronter les éléments avec elle. Cependant, la voilure a été réduite et il n’y a plus grand-chose à faire de plus pour soulager la machine. L’homme de quart est l’œil de l’équipage pendant la nuit. L’équipier n’a pas alors seulement la possibilité mais le devoir de se reposer, de dormir. Devoir car le prochain quart sera le sien, c’est lui qui devra alors assurer la navigation et la sécurité du bateau et de son équipage.

Trois heures du matin, malgré la nuit chahuté, l’équipier a dormi un peu et relève le capitaine sur le pont. Un léger briefing sur les conditions et ce dernier s’enfonce dans la noirceur de la descente d’escalier pour un repos bien mérité. La nuit est noire et plus calme, le pont est vidé, l’équipier se retrouve seul dans l'obscure immensité, seul maitre à bord pendant quelques heures.

Le voyageur et le vacancier

Trinidad, Cuba

Un vacancier sortait de son hôtel privé,
La piscine de celui-ci, par cœur il connaissait,
La plage à visiter, il s’était donc résigné.

Souhaitant sortir des sentiers battus,
De cette ville touristique son hôte l’eu prévenu,
Que sans être accompagné, dérobé il fut.

Armé de courage et de son livre touristique,
Dont les recommandations, il suivit de manière stricte,
Notre vacancier prit l’assaut, de cette ville authentique.


Au même moment, dans un quartier tout proche,
Un voyageur, qui n’avait rien dans les poches,
Partageait avec un local, un café et une brioche.

Des livres touristiques, il en avait accumulé,
Mais après 5 pays, ils étaient dur à porter,
Son sixième sens, il commença à développer.

A les porter, il eut pu faire face,
Mais point à prendre part, au tourisme de masse,
Écouter les locaux, pour sortir de l’impasse.


Quand à cette ville, il s’agit de la même,
Pourtant nos deux amis, jamais ne se mêle,
Et d’expériences bien différentes, elle les imprègne.

L’un se targue de connaitre un pays après dix jours au total,
L’autre a la prétention de vouloir vivre comme un local,
Tous deux certainement, sur leurs exigences s’emballent.

La chute n’est pas le fort de cette fable,
Mais puisque l’impact des deux protagonistes est palpable,
Elle rappelle que vacanciers ou voyageur, se doivent d’être responsables.

La prochaine fois que tu viens à Cuba, ramène-moi des pneus !

La Havane, Cuba Niko

Ils les appellent « voitures américaines » et continuent à les user dans les rues de La Havane. Elles n’ont plus d’âge mais certainement plus d’une vie, comme le prouve les multiples couches de peinture qui s’entassent sur leur carrosserie. Celles-ci a été réparée, changée et transformée de si nombreuses fois, qu’aucune ne ressemble à une autre. Une berline s’est ainsi vu changée en break alors qu’une autre a perdu son toit pour devenir décapotable. La plupart servent ici de taxi. Dans leurs énormes habitacles, on y entasse jusqu’à 8 personnes. De sorte qu’à travers leurs fenêtres ridicules, les coudes dépassent jusqu’aux épaules et participent à leur magie.

Dans la capitale cubaine qui semble s’être figée lors de la chute de l’allier russe, une américaine continue à perdre son huile dans le caniveau, pendant que trois cubains s’affairent à la maintenir en vie. L’un d’eux, à l’arrière, tente de redresser un essieu tordu. De sous le châssis dépassent des jambes qui viennent s’étaler sur le trottoir. Alors que, caché au fond de l’habitacle, un troisième change le tableau de bord pour celui d’une autre Chevrolet.

Dans quelques jours surement, elle rejoindra les autres. Dans les rues de La havane les américaines continueront à vrombir. Les cubains eux, continueront à les faire vivre, comme ils survivent eux même : avec peu de matériel mais beaucoup de talent.

Je sais ce que je veux!!!

Medellin, Colombie Niko

J’ai envoyé un e-mail qui a changé mon voyage à jamais. En fait, j’en ai envoyé plusieurs et chacun d’eux a façonné mon aventure.

Cet e-mail eut pour destinataire des personnages bien différents. Ils ne se sont jamais rencontrés et n’ont rien en commun. Pourtant, ils eurent tous été très soigneusement choisis. Choisis pour leurs convictions, leur projet et l’énergie qu’ils étaient capable d’y donner. J’admirais ces personnes, leur force de caractère était impressionnante, ils m’inspiraient. Alors j’ai voulu me joindre à eux, les aider dans leurs tâches et m’impliquer dans leur aventure. J’étais désireux d’apprendre d’eux, de leur vision, de leur optimisme. Alors je leur ai écrit.

Cet e-mail m’a mené à construire des habitats écologiques dans la plus grande forêt au monde, il m’a détourné de la Patagonie au sud qui me faisait rêver pour me porter vers le nord, il m’a amené à développer un atelier collaboratif dans une des villes les plus innovantes d’Amérique du Sud. Aujourd’hui, il vient de m’apporter mon billet retour pour la France et quand j’y pense, il est surement responsable de mon départ.

Cet e-mail est né avec ma génération. Il a révolutionné notre manière de rentrer en contact. Malgré le discours de nos aïeux, il a permis de faire tomber des frontières géographiques et de réduire les distances à un simple clic de souris. Aujourd’hui, il me permet de communiquer avec ceux qui m’inspirent et qui développent les projets que j’admire.

Finalement, ces destinataires ont quelque chose en commun. Ils croient en eux alors que le monde leur dit que c’est impossible. Ils réalisent leur rêve parce que le monde continue de leur dire que c’est impossible. Je les ai longtemps admirés sans jamais prendre ma chance. Cet e-mail n’est pas une chance, c’est une opportunité qui attend que l’on croie en soit pour être saisie. Cet e-mail transforme les rêves en accomplissements.

Ma vie pèse 12 kilos et demi

Bogota, Colombia Niko

Cela faisait 6 mois qu’elle ne m’avait pas quitté. De jour comme de nuit, je l’avais toujours avec moi. Elle me servait de siège durant les longues attentes, d’oreiller pour les siestes improvisées et même de leste de tente quand un piquet venait à manquer.

Elle ne s’était donc jamais éloignée de moi, jusqu’à ce jour où je me suis résigné à prendre l’avion plutôt que de passer 8 heures dans un bus. J’étais à l’aéroport de Bogota quand ils me l’ont prise. Ils ont prétexté la présence d’objets contendants pour l’envoyer dans la soute de l’appareil. Et ils l’ont pesé.

Je ne l’avais jamais su jusque là mais ma vie pèse 12 kilos et demi. Certains se demanderons comment elle peut être aussi légère quand d’autres la trouverons toujours trop lourde. J’imagine que ça dépend de la vie que l’on souhaite mener. J’ai pour ma part toujours cherché à l’optimiser mais je dois avouer qu’elle contient quelques aberrations.

C’est ainsi qu’elle me permet de tenir à jour un blog sans m’offrir le luxe d’un ordinateur portable. Pour cuisiner elle me gratifie d’une casserole et d’un réchaud à alcool, mais pas d’alcool… Sans parler du hamac qu’elle contient alors que je n’ai pas rencontré un palmier auquel l’accrocher depuis 3 mois.

En fin de compte, cette vie que je porte sur mon dos ne contient rien d’absolument indispensable. J’en ai pour preuve les objets qu’elle a perdus sur la route sans jamais éprouver le besoin de les remplacer. Finalement ce qu’elle accumule pendant ce voyage ne pèse rien, ce qu’elle accumule n’est pas menacé d’être perdu.

A propos de moi

Voyageur au long court, je parcours l'Amérique du sud à la recherche d'expériences et de personnes inspirantes. J'essaye de vous transmettre mes découvertes à travers ce blog